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vendredi 21 décembre 2012

Histoires courtes, une chorégraphie sensible et percutante de Lolita Bruzat



La chorégraphe Lolita Bruzat est une « enfant de la balle » : sa mère enseigne la danse au Conservatoire de Limoges où son père – metteur en scène de talent au Théâtre de La Passerelle – forme les élèves à l’art dramatique. Psychologue clinicienne travaillant avec les malades l’expression corporelle ou la danse, elle a appris la danse contemporaine au Conservatoire de Bordeaux, bénéficiant par exemple des conseils d’Odile Duboc.
            Avec 7 autres danseuses au parcours universitaire souvent intéressant, elle a créé le collectif Aléas, qui propose Histoires courtes, un récit émouvant, sensible et percutant, montrant des femmes perdant leur originalité, leur individualité, à l’occasion d’un entretien d’embauche. Le quotidien, le travail, oppriment. Elles revêtent sur scène des oripeaux masculins qui ne sont pas les leurs : il faut entrer en compétition, affronter les autres, se heurter à eux et au réel. Cela donne une chorégraphie heurtée où les corps s’affrontent et souffrent, dans une chute perpétuelle. Les mains claquent sur les corps, les souffles résonnent. Une peur diffuse s’installe, au plus près des spectateurs pris à parti. On se jauge, on rivalise, on entre dans le jeu social qui est un leurre et qui blesse.
            L’extrait des Carnets du sous-sol de Dostoïevski récité par l’une des danseuses fait prendre conscience du temps qui passe ; de la nécessité de s’interroger sur la vie que l’on a menée et que l’on mène encore. C’est l’heure des bilans. Toute vie ne serait-elle, comme l’a affirmé Sartre, que l’histoire d’un échec ? Il faut pourtant bien s’extirper du fardeau que font peser les autres et les conventions sur nos esprits et nos corps fatigués, une pesanteur, une entrave très bien exprimés par la chorégraphie. Restant sartrien, on se souvient alors que « l’enfer, c’est les autres ».
            Mais Lolita Bruzat et le collectif de ses danseuses belles, puissantes et virtuoses, proposent une issue possible, alternative à la soumission et au pessimisme : celle de l’art, de l’authenticité, du respect aussi sans doute. Ainsi réinterprète-t-on rétroactivement le moment où les danseuses s’habillent au début comme le moment où elles enfilent leurs costumes de scène ; ainsi voit-on l’une d’elle, magnifique, entamer un flamenco libérateur… C’est sans conteste un travail réussi, une conception féministe et actuelle de la danse contemporaine, et l’on ne peut que souhaiter qu’Histoires courtes soit programmé dans le plus de salles possibles !  



9 juin 2010.


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