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vendredi 21 décembre 2012

Joseph ROUFFANCHE « Instants de plus » suivi de « En progrès d’ombre » Rougerie, 2004

L’éditeur René Rougerie reste fidèle au poète Joseph Rouffanche: c’est la même ancienne génération, et la poésie de l’un va bien avec la typographie de l’autre, même si l’on regrette dans le cas présent une économie d’encre pour imprimer les textes sur le papier bouffant.
    Une bonne nouvelle d’abord: Rouffanche est toujours vivant, même s’il ne cesse d’écrire sur ses derniers instants, recueil après recueil: « L’Avant-dernier devenir », « En laisse d’infini », et cette fois: « Instants de plus » suivi d’ « En progrès d’ombre ». Vivant et reconnu, quoiqu’il en dise, les colloques ou études se multipliant à son endroit. Le style et l’inspiration demeurent les mêmes, même si « Instants de plus » est une suite de tercets, avec ou sans ponctuation, mais se terminant toujours par un point. Il s’agit en quelque sorte d’épiphanies gagnées sur le temps qui passe, des fulgurances aphoristiques de l’instant présent. Parmi les figures de style chères à l’auteur, l’ellipse intéressante des articles, par exemple: « Sur toile goudronnée/où leurs hymens roucoulent/piétinent les colombes. » Cette économie ajoute à la brièveté, tente d’aller à l’essentiel et renforce à la fois le sentiment d’urgence et l’allure de psaumes ou proverbes bibliques. Le mot « ellipse » est d’ailleurs utilisé à diverses reprises: les « ellipses d’amour » sont-elles des regrets? Rouffanche propose donc des images et des métaphores où se côtoient souvenirs d’enfance, nature idéalisée rousseauiste, fleurs et femmes, neige et parfums, mer et humains, parents, amis, inconnus… ensemble unis avec élégance par les mots simples du poète;ainsi: « Oblats au fond des bruines./Anémones des bois/dans des cils de poupée. » Rouffanche est toujours à la recherche du temps perdu et de l’Absolu, il y tend mais ne l’atteint pas, comme chacun d’entre nous. On le suit dans son désir de « Rejoindre la tendresse/en habit de merveille/dans un pré sans personne. »
    Suit la deuxième partie, « En progrès d’ombre », aux textes plus longs, la plupart du temps de deux strophes, avec cet impératif dans le malheur ou la détresse: « il faut chanter. » Alors viennent les belles assonances, les heureuses métaphores, et les hommages aux Grands d’Espagne: Cervantès, Machado, Lorca. Et l’ange n’est jamais loin, ni la part divine, et toujours est chantée la campagne limousine: « Moutons dessus/taupes dessous/prés limousins contre chez nous. » Et toujours les oiseaux et les fleurs -images pures et légères-, et la nostalgie de celui qui était un « joli coeur », un « cœur de lumière », et toujours le regret: « Loriot surpris crie de frayeur/qu’il est tard pour revivre/la splendeur infinie! ». Bientôt, le poète le sait, viendra « le Déchirant », il a besoin d’exorcismes simples: « trois fleurs dans le vase du jour », voir passer un papillon blanc, écrire encore, quand « tout s’apaise » même si l’ombre progresse.
    Certains disent que Joseph Rouffanche est d’un autre temps ou pire, qu’il a fait son temps et, sans doute, faut-il toujours aller au fond du gouffre pour y trouver du nouveau… Mais, justement, c’est cet autre temps qui séduit dans l’écriture et l’inspiration de Rouffanche, cette impression douce-amère de suranné, cette nature crépusculaire, cette volonté de retenir les impressions fugitives et de se souvenir d’un monde qui n’exista peut-être jamais.

    5 janvier 2005.


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