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mercredi 9 janvier 2013

Le Grand Georges, un téléfilm de François Marthouret (2012)

Georges Guingouin à l'issue d'un discours en hommage aux résistants morts pour la France, Limoges, années 1990, à gauche: Roland Dumas. (c) photo: Laurent Bourdelas.

Comme le Général De Gaulle, l'instituteur communiste Georges Guingouin sut dire non à l'Allemagne nazie, à Vichy et aux compromissions staliniennes (pacte germano-soviétique, non entrée du P.C.F. en résistance avant la rupture de celui-ci) dès le début. Alors que le député-maire socialiste de Limoges, Léon Betoulle, votait les pleins pouvoirs à Pétain, Guingouin lança, dès août 1940, un "appel à la lutte", après avoir été blessé et s'être échappé de l'hôpital militaire de Moulins, pour éviter d'être fait prisonnier. Dès 1941, "Lo Grand" constitue et dirige l'un des premiers maquis de France. C'est un homme libre, qui se bat pour la liberté, au nom de son idéal, nourri notamment par la lecture des grandes oeuvres de Victor Hugo. Et un homme libre ne peut bien sûr satisfaire les staliniens, qui s'inquiètent de l'affranchissement de Georges par rapport aux consignes venues d'URSS, via Maurice Thorez (qui "fit" la guerre... à Moscou) et Jacques Duclos. C'est pourtant bien Georges Guingouin qui a raison - y compris lorsqu'il refuse d'attaquer Limoges trop tôt, malgré les ordres du Parti, qui veut couper l'herbe sous le pied à De Gaulle (grâce à lui, la capitulation allemande à Limoges le fut sans effusion de sang). Guingouin est un héros camusien. Izis en a superbement photographié la Geste.
Plus que l'action de Georges dans la résistance - sujet bien connu -, c'est plus aux rapports entre Guingouin et les staliniens que le réalisateur François Marthouret s'intéresse dans ce subtil téléfilm (tourné dans la belle campagne limousine) d'après un scénario de Patrick Rotman; un film porté par l'excellent comédien Xavier Gallais dans le rôle de Georges Guingouin. Ce qui insupporte ceux qui ont tardé à entrer en résistance, et qui veulent réécrire l'histoire pour peser dans la politique nationale (le "parti des 75 000 fusillés"), c'est la droiture de celui qui n'a pas tergiversé. Ils vont donc s'employer à le salir - selon les méthodes éprouvées en URSS puis ailleurs - et sans doute plus. Comme le chanta Guy Béart, "le poète a dit la vérité, il doit être exécuté". Alors, Guingouin est victime d'un étrange accident de voiture ou d'un tabassage en prison. Le téléfilm montre bien l'alliance de circonstance entre les staliniens et les anciens collabos (un magistrat pétainiste, un commissaire de police ex-tortionnaire, joué par Vincent Winterhalter, odieux avec pertinence): on prive Guingouin, Compagnon de la Libération, éphémère maire de Limoges à la Libération, de la députation, on tente de le mouiller dans des affaires criminelles, on le compromet dans une certaine presse. C'est le parti socialiste SFIO qui bénéficie de ces manoeuvres: Betoulle retrouve la mairie, Jean Le Bail (qui ne brilla pas, c'est le moins que l'on puisse dire, par sa résistance, mais plutôt par ses articles contre Guingouin dans son journal) est élu député. Heureusement, Georges Guingouin peut compter sur ses proches (Marie Denardaud interprète avec générosité son épouse), sur son comité de soutien, sur le jeune avocat Roland Dumas - fils de résistant fusillé et résistant lui-même. Mais ces épreuves ont poussé "Lo Grand" à quitter le Limousin et à partir enseigner dans la région de sa femme, l'Aube. Il repose aujourd'hui au cimetière de Saint-Gilles-les-Forêts, au coeur de ce Limousin où il mena ses combats pour la France et pour l'Honneur. Nous lui sommes redevables. Comme nous pouvons l'être à François Marthouret de nous montrer la grandeur d'âme face aux petitesses des médiocres dans ce téléfilm finalement indispensable et éclairant.

P.S: en 1998, ne reculant jamais devant le ridicule, le Parti Communiste Français "réhabilita" Georges Guingouin.

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