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vendredi 26 avril 2013

Escales en femmes inconnues, de Joël Alessandra

Les Editions Page 69 proposent à un public averti les belles Escales en femmes inconnues de Joël Alessandra, dont on retrouve avec plaisir trois constantes très appréciées dans ses autres albums: le goût pour les couleurs vives ou chaudes, celui des voyages et, bien sûr, celui des jolies femmes et de leur corps. Le narrateur est un dessinateur: "Mon métier c'est le dessin" annonce-t-il dès le début de ce bel ouvrage de 64 pages (le carnet, les esquisses, sont donc présents à de nombreuses occasions). Est-ce pour autant un récit autobiographique ou fantasmé? Au fil de ses voyages, il fait la connaissance de jolies jeunes femmes - modèles, prostituées, masseuse ou adepte de la cérémonie du thé - avec lesquelles il a d'éphémères et torrides relations. Les corps, féminins et masculins, les rapports, sont montrés de manière très réaliste, précise, envoûtante, excitante même. C'est d'ailleurs ici une ode à la diversité des origines: "Yéménites, somalies ou éthiopiennes. Grandes, minces, à moitié nues pour certaines sous la transparence des boubous. Insaisissables. Presque des mirages sortis tout droit d'un conte des mille et une nuits." Le narrateur aime le mystère, le plaisir d'une femme portant des bas nylon, celui d'une autre s'offrant tandis que le thé infuse. Il devient parfois le contemplateur (et même le sujet...) d'amours homosexuelles. Il est en route, de Rome à Pékin, en passant par Djibouti ou l'Ethiopie, sur les traces de Rimbaud. Bien que le propos ne soit pas le même que celui d'Hugo Pratt, on songe à Corto Maltese, à Eugène Delacroix, et à bien d'autres choses encore. Parfois même, le dessinateur devient modèle à son tour. Finalement, s'il fait l'amour avec ces femmes, c'est sans doute parce que sinon, "la couleur manque à notre désir", comme il l'affirme: ces aventures répétées donnent intimement et véritablement vie et chair à ses oeuvres. Et la sensualité ne s'arrête pas à celle des corps, elle est partout, par exemple "cette odeur familière de l'eucalyptus, de la galette d'Injera et du café que l'on fait griller sur le pas des portes..." Cet album suscite donc de variés et multiples plaisirs.

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