Le mardi à 18h05 sur 103.5

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samedi 29 novembre 2014

Un beau moment de danse avec l'option Art-danse du Lycée Suzanne Valadon de Limoges



Parfois, peut-être parce qu’on la connaît mal, on désespère de la jeunesse, de ses faiblesses orthographiques, de sa passion démesurée pour les écrans, de son peu de goût pour la lecture et, croit-on, pour la culture. Et pourtant, sous ces apparentes cendres couvent des braises magnifiques et ardentes. C’est exactement ce que j’ai éprouvé en assistant au spectacle proposé par les élèves de l’option danse du Lycée Suzanne Valadon de Limoges – en partenariat avec les Centres culturels de la Ville de Limoges, scène conventionnée pour la danse.
Trois moments chorégraphiques, présentés par des professeurs d’E.P.S. - Danse très investies dans le projet : Caroline Delage et Séverine Dalher, aidées par des artistes associés : la chorégraphe Stéphanie Chêne, Ken Thué pour le hip hop et Marie Orts. Trois moments qui interviennent tôt dans l’année – en particulier pour les Secondes – puisque c’était fin novembre (une manière, aussi, de souder le groupe). Trois moments plein d’énergie où se sont distingués – comme c’est logique – les élèves de Terminale (le seul bémol concernant la régie son parfois un peu approximative).
Au cœur du spectacle donc, un ambitieux et très poétique travail autour du Sacre du Printemps – un siècle après sa création) – de Stravinsky et Nijinski. Choix judicieux pour qui s’intéresse à la danse, tant cette œuvre a inspiré de chorégraphes, les élèves se rappropriant ici le travail de Nijinski (qui fit en partie scandale lors des premières représentations), Béjart et Pina Bausch. Beaucoup de vigueur, de grâce et de beauté dans cette chorégraphie qui privilégie l’adoration de la Nature au Sacrifice qui constitue habituellement le deuxième tableau de la chorégraphie. C’est l’amour, ici, qui l’emporte. D’abord l’amour de la Terre qu’épousent les corps en couronne, ensuite l’amour du couple essentiel – Adam et Eve, pourquoi pas. Une humanité qui se réinvente sensuellement sous nos yeux.
No futur !!! est une création d’après Drop it du chorégraphe franco-espagnol Franck2Louise (à l’origine danseur et DJ). La chorégraphie associe les deux passions de l’artiste : univers littéraire de science-fiction et break dance. Les élèves, revêtus de combinaisons de robots (aux gestes saccadés, donc), restituent les gestes de machines avant d’entamer la libération des corps et des esprits, avec notamment de très beaux et énergiques solos féminins – bien entendu, un parcours reste à accomplir, mais la volonté est là.
Regarde-moi rassemble tous les jeunes danseurs sur le plateau et autour (pour les changements de costumes et un play-back plein de charme) sur le thème du regard porté par le spectateur sur l’artiste (et l’autre, de manière plus générale). Un univers inspiré du travail de Pina Bausch où se mêlent théâtre et chorégraphies sur des musiques variées, depuis la Leçon de Ténèbres ou la chanson réaliste des années 1930 jusqu’aux rythmes sud-américains les plus endiablés. C’est vivant, coloré, structuré avec intelligence, et chacun s’applique quel que soit son niveau de pratique. Les tableaux s’enchaînent associant l’ensemble du groupe, des duos, des groupes plus restreints… la réflexion sur l’art, sur le mensonge aussi (avec la force émouvante de Marine P.)… foulant les pétales rouges chers à la chorégraphe allemande.
(Un regret cependant que l’on ne saurait reprocher à quiconque : que seulement deux garçons soient impliqués dans cette belle aventure…).
En tout cas, un moment évocateur et réjouissant.


Samedi 29 novembre 2014

samedi 1 novembre 2014

Réjouissante Bande de filles



La cité, morne. Les pères absents. Les mères qui font des ménages. Les filles qui entrent en silence dans les tours surveillées par les mecs. Les frères qui surveillent et qui cognent. La violence, les chocs. Ceux des matches de football américain. Ceux des bagarres (filmées sur téléphones portables), pour des suprématies de pacotille. Ceux des insultes qui fusent d’un quai de R.E.R. à un autre. Bagnolet, Bobigny, la Défense, le Forum des Halles (fort bien filmés). Des utopies rêvées par des architectes et des urbanistes transformées en quartiers oppressants ponctués de dealers et de guetteurs. La violence du racket à l’entrée du collège, celle du racisme ordinaire d’une vendeuse de magasin de fringues, et surtout, celle de l’Education Nationale – scène dans laquelle la caméra emprunte le regard destructeur de la Conseillère d’Orientation Psychologue – prompte à éliminer ceux qu’il faudrait aider. Ceux qui, pour s’en sortir, finissent par se prostituer ou vendre de la drogue, tombés aux mains de caïds qui croient que la ville est à eux parce qu’ils dansent sur les terrasses et font rentrer du cash. C’est tout cela que montre – sans peser – Céline Sciamma dans son film Bande de filles.
Mais ce film à l’évidence politique, en ce sens qu’il questionne sur ce qu’est notre pays, sur ce que sont certains quartiers de nos villes et sur ce que sont certains de nos jeunes (aussi bien de la cité que du Paris des fêtes dites branchées), est aussi réjouissant par la vitalité qui s’en dégage. On songe en le voyant au « vin de vigueur » évoqué par Rimbaud. Vitalité féminine, ce qui fait du bien, face à l’apathie et au conformisme qui semble paralyser les garçons. Et pas n’importe quelles filles pour former la bande dont il est ici question : des filles fortes moralement et physiquement, des filles belles, des filles noires : Karidja Touré (Vic – la victorieuse), Assa Sylla (la piquante et forte Lady), Lindsay Karamoh (Adiatou) et Mariétou Touré (Fily). Filles aux corps musclés et sensuels, qui ont besoin de se retrouver entre elles et de créer un cocon d’amitié pour résister au monde extérieur – ne serait-ce que le temps d’une nuit dans une chambre d’hôtel, à fumer, rire, chanter et dormir. On comprend alors le choix de la chanson de Rihanna pour les accompagner, ce sont bien elles les diamants qui brillent dans le ciel (et non pas seulement la drogue ou l’alcool évoquées dans la chanson)… Il faut parfois passer par le grégaire pour échapper finalement au déterminisme – ce que semble vouloir faire Vic à la toute fin du film, après son parcours initiatique, puisqu’il s’agit bien là aussi d’un film d’apprentissage, comme il existe des romans d’apprentissage. Apprentissage de l’amour aussi, de la fraternité (et de la sororité), et surtout de la liberté – qui passe aussi par l’abandon de l’amour auquel on croyait être destiné. Et puis, malgré la gravité, il y a, tout au long de ce film, de l’humour et des rires, de la musique, et de l’espoir. Celles qui affrontent sans peur toute cette adversité sauront s’échapper et triompher – comme lorsqu’elles s’affrontent lors des battles de hip hop.