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jeudi 27 août 2015

Alan Stivell ou la recherche créative permanente



Le 22 septembre, sortie chez World Village (Harmonia Mundi)du 24ème album du chanteur et musicien breton qui, tout en demeurant fidèle à l’inspiration celtique d’origine, n’hésite pas, comme il l’a fait tout au long de sa carrière, à explorer l’électro et l’expérimental.

Amzer (seasons) est donc le nouveau disque d’Alan Stivell, chanteur et musicien – fils de Jord Cochevelou, « réinventeur » de la harpe celtique – très largement à l’origine de la « vague bretonne » des années 70, qui n’a cessé depuis de créer et d’innover, au lieu de se contenter d’un « fond de commerce » qui lui aurait assuré des dizaines de milliers, des millions de fans à travers le monde. Un succès remis au goût du jour il y a peu par le succès de l’album Bretonne de Nolwenn Leroy. Peut-être certains, dans l’Hexagone, en sont-ils restés à Tri martolod ou à quelques autres des airs qui enchantèrent l’Olympia en 1972, à l’occasion d’un concert mythique (dont l’anniversaire fut dignement célébré en 2012). Ce serait méconnaître l’œuvre et les engagements de Stivell.
Il faut d’abord rappeler qu’il s’agit d’un harper d’exception, popularisant la telenn (la harpe celtique dont il est tombé amoureux enfant) à travers le monde, suscitant par là-même des vocations de luthiers, de musiciens (pas des moindres ! Cécile Corbel, par exemple, devenue star au Japon) et d’enseignants, de la Bretagne aux Etats-Unis. Des albums comme Renaissance de la harpe celtique, Harpes du Nouvel Âge ou Au-delà des mots y ont largement contribué, et la recherche constante de perfectionnement, d’amélioration (jusqu’au design) de l’instrument. Ainsi, dans le nouvel album, utilise-t-il une harpe qu’il a dessinée et que Tom Marceau a élaborée et réalisée en 2013-2014, les mécaniques uniques étant l’œuvre du Pool mécanique de l’université Rennes-Beaulieu 1.
Il faut dire aussi que ce créateur et musicien est, depuis toujours, en recherche constante : il s’est agi, tout en s’inspirant des musiques celtiques « traditionnelles », d’explorer les nouveaux champs musicaux, au fil du temps : folk (l’époque des « hootenannies » de Lionel Rocheman au Centre américain à Montparnasse), rock progressif, pop, electro. Stivell n’a pas craint de mêler harmonieusement la bombarde, le biniou, au violoncelle, à la guitare électrique ou au synthé et aux diverses machines électroniques. « J’aime faire croire à tout autre chose qu’une harpe : sons de basse acoustique, sons de guitares électriques ; mais, aussi, d’autres totalement expérimentaux et déformés », déclare-t-il. Au risque de dérouter certains fans de la première heure. On ne doit pas oublier non plus qu’il fut l’un des précurseurs de la « world music », avec son album Tir na nog (symphonie celtique), ou avec 1 Douar, Une terre, avec notamment Khaled et Youssou ’N Dour. Pas étonnant que de nombreux artistes de renom aient chanté ou joué avec lui, Jim Kerr, de Simple Minds, Shane Mc Gowan, des Pogues, Kate Bush, Laurent Voulzy et tant d’autres.
Stivell a, depuis l’origine, entrepris un compagnonnage avec les poètes – on se souvient de l’album Trema’n Inis avec diverses adaptations dont celle de Hommes liges des talus en transes de Paol Keineg. Il le poursuit sur Amzer avec divers poètes contemporains, dont le grand poète irlandais Séamus Heaney, mais aussi des maîtres du haïku japonais : Kobayashi Issa, Yosa Buson, Matsuo Bashô.
Le chanteur, né en 1944, a été le fer de lance de la culture bretonne, il a contribué à faire évoluer le mouvement breton vers la gauche et l’écologie – lui qui a participé à Mai 68 et aux grandes luttes contre le camp militaire du Larzac, contre le nucléaire et a même soutenu Libération à ses débuts. Il a largement participé au succès du Festival interceltique de Lorient et à la notion, justement, de « musique celtique ». S’est battu pour la reconnaissance et l’enseignement de la langue bretonne, pour un statut particulier de la Bretagne au sein de l’Europe, et pour la « réunification » de celle-ci - Pétain et les Allemands en ayant abusivement séparé la Loire-Atlantique et Nantes, capitale historique, en 1941. Demande malheureusement ignorée lors de la récente réforme territoriale hollandaise. Mais avec le nouvel album, plus contemplatif, Alan Stivell aspire au zen, à la sérénité, aux bonheurs simples et quotidiens, même si un manteau de fleurs ne saurait tout à fait dissimuler la souffrance du Monde, même si le chanteur, lecteur de Beckett, a conscience de l’absurdité toujours possible de l’existence. Mais vue de l’extérieur, la sienne est au contraire très cohérente, depuis que, très jeune, il décida de renouveler la musique bretonne et de la rendre populaire aussi bien en Bretagne qu’en France et dans le monde.

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